Fin 2021, votre portefeuille contient une quinzaine de cryptos. Certaines ont fait x10 en quelques mois, vous avez l'impression d'avoir trouvé la recette. Deux ans plus tard, la moitié ont perdu plus de 90% de leur valeur, trois ne sont plus listées nulle part, et votre simple position en Bitcoin a mieux résisté que tout le reste.
Ce scénario est celui de nombreux investisseurs qui découvrent l'univers des altcoins pendant un marché haussier. Les altcoins concentrent les plus fortes hausses du marché crypto, mais aussi l'essentiel de ses pertes définitives. Avant d'en acheter, il faut comprendre ce qu'ils sont vraiment et comment les trier.
Qu'est-ce qu'un altcoin ?
Le mot altcoin est la contraction de "alternative coin" : il désigne toute crypto-monnaie autre que Bitcoin. Ethereum, Solana, XRP, Dogecoin ou encore les stablecoins sont donc, au sens strict, des altcoins.
Le terme est né en 2011, deux ans après le lancement de Bitcoin. Namecoin, lancé en avril 2011, est généralement considéré comme le premier altcoin : un fork du code de Bitcoin destiné à créer un système de noms de domaine décentralisé. Quelques mois plus tard, en octobre 2011, Charlie Lee lance Litecoin, présenté comme "l'argent de Bitcoin" avec des blocs plus rapides. Ces premiers altcoins reprenaient largement le code de Bitcoin en modifiant quelques paramètres.
Tout change en 2015 avec Ethereum, qui introduit les smart contracts et permet à n'importe qui de créer son propre token en quelques lignes de code. Depuis, le nombre de cryptos a explosé : les agrégateurs en référencent des dizaines de milliers, et certaines blockchains voient naître des milliers de nouveaux tokens chaque jour.
Une nuance utile : techniquement, on distingue les "coins", qui possèdent leur propre blockchain (ETH, SOL), des "tokens", émis sur une blockchain existante (UNI sur Ethereum, par exemple). Dans le langage courant, les deux sont appelés altcoins. Pour aller plus loin, consultez notre article sur la différence entre coin et token.
Les principaux types d'altcoins
Tous les altcoins ne jouent pas le même rôle, et leurs risques sont très différents selon leur catégorie.
Les plateformes de smart contracts. Ethereum, Solana, Avalanche ou Cardano sont des blockchains sur lesquelles des applications décentralisées sont construites. Leur token sert à payer les frais de transaction et, pour les blockchains en Proof of Stake, à sécuriser le réseau. Ce sont généralement les altcoins les plus capitalisés et les plus liquides.
Les stablecoins. USDT, USDC ou DAI visent une valeur stable, le plus souvent 1 dollar. Ce sont des altcoins au sens technique, mais leur logique est inverse : ils ne cherchent pas à prendre de la valeur. Nous détaillons leur fonctionnement dans notre guide sur les stablecoins.
Les tokens utilitaires et de gouvernance. Ils donnent accès à un service (stockage, oracle, calcul) ou un droit de vote sur l'évolution d'un protocole DeFi. UNI (Uniswap) ou LINK (Chainlink) en sont des exemples. Leur valeur dépend de l'usage réel du protocole et de la manière dont le token capte (ou non) cette valeur.
Les memecoins. Dogecoin, créé en 2013 comme une plaisanterie, a ouvert la voie à des milliers de tokens fondés sur un mème ou une communauté, sans utilité revendiquée. Leur prix repose presque entièrement sur l'attention et la spéculation, ce qui en fait la catégorie la plus volatile.
Les tokens d'exchange. BNB (Binance) ou CRO (Crypto.com) sont émis par des plateformes d'échange et offrent des réductions de frais ou d'autres avantages. Leur valeur est fortement liée à la santé de l'entreprise émettrice.
Les privacy coins. Monero ou Zcash renforcent la confidentialité des transactions. Cette caractéristique les expose à un risque réglementaire élevé : plusieurs exchanges les ont retirés de leur catalogue dans certains pays.
Altseason et dominance Bitcoin : comment les altcoins évoluent
Le terme altseason désigne une période pendant laquelle les altcoins surperforment nettement Bitcoin. Elle survient généralement dans la phase avancée d'un bull run : Bitcoin monte en premier, puis les gains se déplacent vers Ethereum et les grandes capitalisations, et enfin vers les petits altcoins plus spéculatifs.
L'indicateur le plus suivi pour repérer ce mouvement est la dominance Bitcoin, c'est-à-dire la part de Bitcoin dans la capitalisation totale du marché crypto. Quand elle baisse fortement, les capitaux se dirigent vers les altcoins. Début 2018, par exemple, la dominance était tombée sous 40% au sommet de l'euphorie liée aux ICO.
Le problème, c'est que les altseasons sont courtes et imprévisibles. Elles coïncident souvent avec la fin d'un cycle haussier. Les investisseurs qui achètent des altcoins à ce moment le font fréquemment au pire prix, juste avant une correction qui touche les altcoins bien plus violemment que Bitcoin.
Pourquoi la plupart des altcoins sous-performent Bitcoin
Sur un cycle complet, une large majorité d'altcoins finit par faire moins bien que Bitcoin, voire par disparaître. Il suffit de comparer les classements des plus grandes capitalisations d'un cycle à l'autre : beaucoup de noms du top 20 de 2017 ou 2021 ont reculé loin dans le classement.
Une offre qui augmente en permanence. Beaucoup d'altcoins émettent de nouveaux tokens (récompenses, déblocages pour l'équipe et les investisseurs privés). Cette dilution exerce une pression vendeuse constante sur le prix, même si le projet progresse.
Une concurrence sans fin. Créer un token ne coûte presque rien. Chaque innovation est rapidement copiée, et l'attention des investisseurs se déplace sans cesse vers le narratif suivant.
Une liquidité fragile. En phase baissière, les acheteurs se retirent d'abord des petits projets. Les altcoins peu échangés peuvent chuter de 80 à 95% et ne jamais retrouver leurs sommets.
Des projets qui échouent tout simplement. Équipe qui abandonne, absence d'utilisateurs, piratage, fraude : les raisons sont nombreuses et nous les analysons dans notre article sur pourquoi la majorité des projets crypto échouent.
Comment évaluer un altcoin avant d'investir
Aucun critère ne garantit le succès d'un altcoin, mais quelques vérifications permettent d'éliminer une grande partie des pièges.
Regardez la capitalisation, pas le prix. Un token à 0,01 € n'est pas "pas cher" : ce qui compte, c'est la valeur totale du projet. Comme nous l'expliquons dans market cap vs prix unitaire, un token très bon marché peut valoir des milliards.
Comparez market cap et FDV. La Fully Diluted Valuation estime la valeur du projet si tous les tokens prévus étaient en circulation. Un écart important entre les deux signale une forte dilution à venir. Notre article sur la FDV et ses pièges détaille ce point.
Vérifiez la liquidité et le volume. Un altcoin listé sur plusieurs grandes plateformes, avec un volume quotidien régulier, vous permettra de sortir quand vous le souhaitez. Un token échangé sur un seul exchange mineur est un piège potentiel.
Analysez les tokenomics. Qui détient les tokens ? Quel est le calendrier de déblocage ? Le token a-t-il une utilité réelle dans le protocole, ou sert-il uniquement à la spéculation ?
Évaluez l'équipe et l'usage. Une équipe identifiable, un code ouvert, des utilisateurs actifs et des revenus mesurables valent bien plus qu'une feuille de route ambitieuse et une communauté bruyante sur les réseaux sociaux.
Quelle place donner aux altcoins dans un portefeuille
Les altcoins peuvent avoir leur place dans un portefeuille crypto, à condition de les dimensionner en fonction de leur risque. Une approche fréquente consiste à conserver un socle en Bitcoin, éventuellement complété par Ethereum, et à réserver une part plus limitée aux altcoins, en réduisant encore la taille des positions sur les projets les plus petits et les plus spéculatifs.
La règle essentielle : ne jamais investir dans un petit altcoin un montant que vous ne pourriez pas voir tomber à zéro. Définir à l'avance vos objectifs de prise de profits est aussi utile, car les altcoins peuvent perdre en quelques semaines ce qu'ils ont gagné en plusieurs mois. Suivre la répartition réelle de vos positions dans un outil comme Exceefy vous aide à repérer quand un altcoin a pris une place démesurée dans votre portefeuille.
FAQ
Ethereum est-il un altcoin ?
Oui, au sens strict : toute crypto autre que Bitcoin est un altcoin. En pratique, beaucoup d'investisseurs considèrent Ethereum à part, en raison de sa taille, de sa liquidité et de son rôle central dans l'écosystème. On parle parfois des "altcoins" pour désigner tout ce qui n'est ni Bitcoin ni Ethereum.
Combien existe-t-il d'altcoins ?
Il n'existe pas de chiffre exact. Les principaux agrégateurs de données référencent des dizaines de milliers de cryptos, et des millions de tokens ont été créés sur certaines blockchains, notamment via des plateformes de lancement de memecoins. Seule une petite fraction dispose d'une liquidité et d'une activité significatives.
Comment savoir si l'altseason a commencé ?
Il n'existe pas de signal fiable à 100%. Les indicateurs les plus suivis sont la baisse rapide de la dominance Bitcoin, la surperformance du ratio ETH/BTC et la hausse généralisée des petites capitalisations. Mais ces signaux apparaissent souvent tard, lorsque le cycle est déjà bien avancé.
Un altcoin peut-il remplacer Bitcoin ?
Rien ne l'exclut théoriquement, mais Bitcoin reste depuis sa création la crypto la plus capitalisée, avec l'effet de réseau, la liquidité et la notoriété les plus fortes. Les altcoins les plus solides visent généralement d'autres usages (smart contracts, paiements, DeFi) plutôt que de concurrencer directement Bitcoin comme réserve de valeur.



