Article

Piratage Bitget : quelle part de votre portefeuille dépend d'une seule plateforme ?

Bitget s'est fait dérober 351,6 millions de dollars et a gelé les retraits de tous ses clients. Au-delà du vol, ce piratage pose une question que peu d'investisseurs savent trancher : combien de leur capital dépend d'une seule plateforme.

Photo de profil de Exceefy
Exceefy25/09/2026 00:007 min de lecture
Image de couverture : Piratage Bitget : quelle part de votre portefeuille dépend d'une seule plateforme ? - Article Exceefy

Le 24 septembre 2026 au soir, un client de Bitget qui aurait voulu retirer ses fonds se serait heurté à un message laconique : retraits suspendus. Quelques heures plus tôt, à 18 h 31 UTC, la plateforme avait détecté des transferts non autorisés depuis ses hot wallets. Bilan communiqué par l'exchange : 351,6 millions de dollars dérobés, probablement le plus gros piratage crypto de l'année.

La plupart des articles se demandent si Bitget va rembourser (la réponse semble être oui). Nous voulons poser une autre question, plus utile pour vous : si c'était votre exchange, ce soir-là, quelle part de votre patrimoine crypto aurait été bloquée ? Si vous ne pouvez pas répondre en quelques secondes, cet article est pour vous.


Ce qui s'est passé, en bref

Selon les déclarations de la PDG Gracy Chen relayées par CoinDesk, les attaquants ont compromis un système backend de l'infrastructure de portefeuilles de Bitget. Ils s'en sont servis pour falsifier des données de transaction, puis ont laissé le processus d'autorisation de la plateforme valider des transferts qui semblaient légitimes. Aucune clé privée n'aurait été volée, et les demandes de retrait des clients n'ont pas été falsifiées : c'est la mécanique interne de l'exchange qui a été retournée contre lui.

Les fonds sortis couvrent plusieurs réseaux (ETH, BNB, AVAX, USDT notamment), rapidement consolidés puis en partie convertis en ETH pour échapper aux gels possibles sur les stablecoins. La piste nord-coréenne est évoquée par Bitget elle-même, sur la base d'adresses IP correspondant aux VPN d'un groupe lié à la Corée du Nord. Rien n'est établi officiellement à ce stade, mais le mode opératoire rappelle le piratage de Bybit en février 2025, environ 1,5 milliard de dollars, attribué par le FBI au groupe Lazarus.

Ce qui a tenu : les cold wallets, hors ligne, n'ont pas été touchés. La brèche s'est limitée aux couches hot et warm. Et le fonds de protection des utilisateurs de Bitget, supérieur à 464 millions de dollars, doit couvrir l'intégralité de la perte.

Ce qui a été coupé : les dépôts et le trading restent ouverts, mais les retraits sont gelés pour tous les clients, sans date de reprise annoncée.


Le vrai risque n'est pas le vol, c'est le gel

Si Bitget tient parole, aucun client ne perdra un centime. C'est une bonne nouvelle, et c'est aussi ce qui rend l'événement trompeur. Car pendant toute la durée de la revue de sécurité, les clients possèdent des cryptos qu'ils ne peuvent pas déplacer.

Concrètement, un actif que vous ne pouvez pas retirer est un actif qui a perdu sa liquidité. Vous ne pouvez pas le transférer vers un autre exchange si le marché bouge, vous ne pouvez pas le sécuriser sur votre propre wallet, et vous ne pouvez pas en disposer si vous en avez besoin. Votre patrimoine existe toujours sur le papier, mais il est à l'arrêt.

Les utilisateurs français de Bitget connaissent déjà ce scénario sous une autre forme. Fin mars 2026, la plateforme a cessé ses services pour les résidents français, et ceux qui n'avaient pas anticipé ont dû suivre une procédure de sortie contrainte, détaillée dans notre guide pour récupérer ses fonds après le 31 mars 2026. Fermeture réglementaire, piratage, faillite ou gel de compte pour vérification : les causes changent, le résultat est le même. Vos fonds dépendent d'une décision que vous ne prenez pas.


La diversification que presque personne ne fait

Beaucoup d'investisseurs répartissent soigneusement leur portefeuille entre Bitcoin, Ethereum et quelques altcoins. Très peu répartissent l'endroit où ces actifs sont conservés.

Or un portefeuille de dix cryptos différentes, toutes détenues sur le même exchange, n'a qu'un seul point de défaillance. Du point de vue du risque de contrepartie, il n'est pas diversifié du tout. C'est l'un des angles morts que nous décrivons dans notre article sur la diversification crypto : la corrélation entre vos actifs compte, mais la concentration chez un même dépositaire aussi.

Rappelons le principe de base : sur un exchange, vous ne détenez pas vos cryptos, vous détenez une créance sur la plateforme, qui garde les clés privées. C'est tout le sens de l'adage « Not your keys, not your crypto ». Un fonds de protection comme celui de Bitget est une politique commerciale, pas une garantie légale comparable à la garantie des dépôts bancaires. Lors des faillites de Mt. Gox ou de FTX, il n'existait aucun filet équivalent.


Mesurer votre exposition par plateforme

La bonne nouvelle, c'est que ce risque se mesure très simplement. Il suffit de répondre à une question : où se trouve chaque euro de votre portefeuille ?

Étape 1 : listez tous vos points de garde. Chaque exchange sur lequel vous avez un solde, chaque hot wallet (MetaMask, Phantom, application mobile), chaque cold wallet. N'oubliez pas les petits soldes oubliés sur des plateformes que vous n'utilisez plus : ce sont souvent eux qui posent problème en cas de fermeture.

Étape 2 : calculez la part de chaque plateforme. Divisez la valeur détenue à chaque endroit par la valeur totale de votre portefeuille. Vous obtenez une répartition du type : 55% sur un exchange, 10% sur un second, 5% sur un hot wallet, 30% sur un cold wallet.

Étape 3 : posez-vous la question du gel. Pour chaque plateforme, demandez-vous : si ses retraits étaient bloqués pendant trois mois, est-ce que je le supporterais ? Si la réponse est non pour une plateforme qui concentre plus de la moitié de votre capital, vous avez identifié votre principal risque, avant même de parler de volatilité.

Étape 4 : fixez-vous une règle. Il n'existe pas de seuil universel, mais une règle simple aide à décider : ne garder sur un exchange que ce que vous tradez ou comptez utiliser à court terme, et placer le reste sur un wallet dont vous détenez les clés. Certains investisseurs ajoutent un plafond par plateforme, par exemple ne jamais dépasser un certain pourcentage du portefeuille chez un même dépositaire.

Sur Exceefy, une façon simple de visualiser cette répartition est de créer un portefeuille par plateforme (un par exchange, un par wallet). Le tableau de bord vous montre alors immédiatement quelle part de votre capital dépend de chaque dépositaire, et comment elle évolue avec les prix.


Votre historique ne doit pas vivre chez l'exchange

Il y a un second enseignement, moins visible. Quand une plateforme gèle vos retraits, ferme ou vous bloque l'accès, vous risquez aussi de perdre l'accès à votre historique de transactions.

Or cet historique est indispensable. En France, il sert à calculer vos plus-values lors de la déclaration fiscale, et un compte détenu sur une plateforme étrangère doit en principe être déclaré chaque année. Il sert aussi à justifier l'origine de vos fonds auprès de votre banque lorsque vous revenez vers les euros.

Exportez régulièrement vos historiques en CSV, sans attendre un incident, et conservez-les ailleurs que sur la plateforme. Mieux encore, importez-les dans un outil de suivi indépendant : vos données restent consultables même si l'exchange disparaît du jour au lendemain. C'est exactement ce que permet l'import CSV d'Exceefy, qui prend en charge les exports de Bitget.


Après un piratage, la menace suivante est le phishing

Chaque piratage médiatisé est suivi d'une vague d'arnaques qui usurpent la plateforme touchée : faux e-mails de « remboursement », faux formulaires de réclamation, faux support sur Telegram. Les attaquants exploitent l'inquiétude des clients, et ces messages sont de plus en plus crédibles, comme nous l'expliquons dans notre article sur le phishing crypto dopé à l'IA.

La règle est simple : ne cliquez sur aucun lien reçu, ne communiquez jamais votre seed phrase ni vos codes, et passez uniquement par l'application ou le site officiel. Pour replacer cet épisode dans l'histoire des vols sur les plateformes, notre article sur les plus grands piratages de cryptomonnaies montre que le scénario se répète depuis plus de dix ans.


FAQ

Les clients de Bitget vont-ils perdre leurs fonds ?

Selon Bitget, non. La perte de 351,6 millions de dollars doit être couverte par le fonds de protection des utilisateurs, qui dépasse 464 millions de dollars, et les cold wallets n'ont pas été touchés. En revanche, les retraits restent gelés sans date de reprise annoncée au moment de la publication.

Je suis en France, suis-je concerné par ce piratage ?

En principe non, puisque Bitget a cessé ses services pour les résidents français le 31 mars 2026. Si vous avez encore des fonds sur la plateforme, attendez la reprise officielle des retraits pour les rapatrier, et méfiez-vous de tout message non sollicité promettant un remboursement.

Quelle part de son portefeuille peut-on laisser sur un exchange ?

Il n'y a pas de pourcentage universel. Une approche courante consiste à laisser sur l'exchange uniquement ce que vous tradez activement ou comptez utiliser à court terme, et à conserver le reste sur un wallet dont vous détenez les clés. L'essentiel est de connaître votre répartition et de pouvoir supporter le gel de n'importe quelle plateforme.

Pourquoi exporter son historique de transactions ?

Parce qu'en cas de gel, de fermeture ou de faillite, l'accès à votre compte peut devenir impossible. Votre historique est nécessaire pour votre déclaration fiscale et pour justifier l'origine de vos fonds. Un export CSV régulier, conservé hors de la plateforme, vous protège contre ce risque.

D'autres articles qui pourraient vous plaire

Partagez vos découvertes avec vos amis

Aidez vos amis à rester informés des dernières tendances crypto.